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Le Casino du Chiquet : Un passé inquiétant.

Ecrit le 28 novembre, 2007 
Catégories Urbanisme

Implantation Maudite

Le CASINO du CHIQUET

Un passé inquiétant

 

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Le Pavillon de l'Aunis Mars 2007

En cette nuit du 9 Décembre 2006, tel un grand fauve affirmant d'un bref coup de griffes son autorité, l'océan a rappelé aux humains son droit de propriété sur le Domaine Maritime.

Par un banal coefficient de marée de 90 et des vents de Sud-Ouest, il a dévoré en quelques heures 600 mètres du cordon dunaire des Generelles, envahissant une nouvelle fois le sous-sol du Pavillon de l'Aunis et étendait son emprise à moins d'un mètre de la rue du Milouin dans son extrémité près du parking.

Repu, il a abandonné sa proie à quelques mètres des premières maisons sans que l'on puisse préjuger de la durée de cette accalmie.

Devant les craintes d'une nouvelle fringale océane, la Municipalité a décidé dans l'urgence des "mesures conservatoires pour préserver le trait de côte" d'un coût de 140000€ et une nouvelle étude hydrosédimentaire d'un coût de 25000€

L'expérience montre que ces attaques maritimes génèrent toujours des travaux de défense coûteux après des conclusions souvent contradictoires des spécialistes consultés.

Comme par le passé, la dune disparaît suivant un cycle imprévisible, parfois brièvement sur une ou deux marées avant de renaître au "mort d'eau" sous forme d'une "batture" dépôt sablaire s'accumulant au laisser de mer.

L'apparition d'une "casse" est le signe précurseur de l'abandon temporaire du territoire conquis par les flots.

L'histoire tranchaise du XVIIIe siècle à nos jours nous rappelle, à travers les compte rendus des conseils municipaux et l'évolution du cadastre du front de mer que toutes les tentatives d'implantation de "casino"à la pointe du Chiquet se sont soldées par des naufrages" malgré la réalisation de travaux de défense fort coûteux pour le budget communal.

La jetée, dont le "moignon" est encore visible au pied du Pavillon de l'Aunis est la parfaite illustration du décalage des forces entre les humains et l'océan quels que soient les moyens mis en œuvre

Les 2 points faibles de la côte tranchaise, la Belle Henriette et les Generelles ont durant tout le XXe siècle été le théâtre d'une lutte permanente pour défendre la côte.

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Les Generelles Mars 2007

Le rapport coût / résultat amène l'homme à faire preuve de beaucoup de modestie face à la force des flots.

A la Pointe du Chiquet les colères océanes n'ont jamais entraîné comme à la Belle Henriette un risque d'inondation étendue à l'arrière pays.

Alors que la tempête de 1911 coupe les dunes et provoque l'inondation de 200 hectares de prés marais imposant l'intervention de l'armée pour édifier en catastrophe des digues et des gabions, les conséquences aux Generelles sont limitées aux chalets édifiés en première ligne et hôteliers ou estivants.
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Innondations Decembre1911
Dès 1835 les élus locaux ont sollicité de l'Administration une étude des courants et de la circulation des sables mobiles dans l'hypothèse de construction d'une jetée-épi entre le Chiquet et l'Aunis dans le double but de défendre le littoral et de créer un abri portuaire pour favoriser les liaisons maritimes en raison de l'isolement par absence de voies terrestres praticables à l'année.

En Août 1866 commencent les travaux qui dureront 2 ans pour un coût de 53074 francs dont deux tiers assurés par l'Etat, 18000 francs restant à la charge de la commune.

En 1874, moins de 5 ans après sa finition, en raison du coût des travaux de maintenance et de son inutilité, les ingénieurs du Service de l'Etat proposent d'en arrêter l'entretien.

En Juin 1877, le Sous Préfet des Sables, après avis de la Préfecture Maritime et du Commissariat Général accepte de céder à la commune la part de l'Etat sur cet ouvrage pour 50 francs symboliques.

Les matériaux seront au fil des destructions de la mer récupérés pour construire le mur du cimetière et entretenir les chemins communaux.

Les tempêtes successives détruiront progressivement cet ouvrage dont survivent une trentaine de mètres de sa partie ancrée dans le rivage dans l'axe de l'actuelle avenue de la Plage.

Cet échec ne ralentit en rien l'envie d'implantation de "chalets vue sur mer". Au contraire :

De 1905 à 1911, les Domaines Maritimes mettent en vente la partie haute de la dune stabilisée. En raison du peu d'intérêt des autochtones pour ce sol stérile, sans valeur agricole en dehors de la culture de la vigne, ces surfaces vont être acquises par une génération de Luçonnais et Fontenaisiens adeptes de séjours tranchais chez l'habitant.
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Chalets

Durant cette décennie d'avant guerre les VRIGNAUD, GRIMAUD, DAVIAU, PHILIPPON et autres édifièrent les premiers chalets.

Leur présence va immédiatement créer des besoins de restauration et de "casino" pour meubler leurs loisirs.

En 1904 naît l'Hôtel Casino Tudeau dont une partie existe encore sur la dune. L'édification d'une écurie et d'une remise à l'emplacement de l'actuel Pavillon de l'Aunis va générer durant 15 ans de multiples procès entre le propriétaire et la commune qui l'accuse de monopoliser l'accès à l'estran.
La mer mettra un terme à ce conflit en avalant la cause du litige par une marée d'hiver, puis le propriétaire vendra la propriété épargnée par la mer.

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Hotel et Casino de la Plage Tudeau

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Hotel et Casino de la Plage Tudeau

En 1930 l'Hôtel Ste-Thérèse sera construit sur le même emplacement. Sa survie n'atteindra pas 10 ans, et en 1940 une tempête rasera le bâtiment.
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Hôtel Ste THERESE

En 1950, après les années de guerre, la Municipalité construit au même endroit le "Casino Municipal", qui sera pendant vingt années le lieu des festivités, des bal et d'élections des Reines de la fête des Tulipes.
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Casino Municipal

Converti en restaurant puis en Salle des Fêtes, le sous-sol de cet édifice sera périodiquement envahi par la mer.

L'ensablement de la jetée édifiée en 1886, réduite à un muret émergeant de la plage ne le protège plus des colères de l'océan.

En 1990, malgré cette épée de Damoclès et la juridiction nouvelle concernant les constructions sur le littoral, cet édifice deviendra le Pavillon de l'Aunis, fermé en cette fin de XXe siècle pour des raisons sécuritaires. Depuis 2002, il n'est plus ouvert que pendant la période estivale et épisodiquement lors de rares manifestations communales.

En 2003, l'actuelle Municipalité lance le projet de concéder cet équipement communal à un groupe casinotier candidat à la création d'un restaurant ouvert à l'année, de salles de jeux et d'un parking souterrain. On peut s'interroger sur les conséquences de cet engagement, si lors d'une tempête, l'océan attaquait le casino construit sur un site historiquement "à risque".

Quels seraient, sur les finances communales le poids des travaux de sauvetage et surtout celui des recours du concessionnaire contre le loueur d'un bien au passé aussi litigieux? Ne retomberait-on pas dans le schéma de Février 1909 ou pour arrêter les frais d'un procès long et incertain, les élus tranchais piégés par les charges de défense imposées par le Ministre des Travaux Publics, proposèrent de céder au propriétaire le patrimoine communal pour une somme symbolique ?

Conscient du prix de revient des travaux de lutte contre la mer, le sieur TUDEAU refusa cette proposition.

L'expérience récente de l'acquisition par la commune d'un terrain privé voisin de la descente des Generelles, immédiatement attaqué par la mer à déjà engagé la commune dans la prise en charge de travaux jusqu'à présent assumés exclusivement par l'association des propriétaires concernés. On peut espérer qu'en cas d'obtention d'autorisation de création d'un casino, celui-ci sera implanté à distance de cet "emplacement maudit" où tous ces prédécesseurs ont sombré.Statistiquement le cumul des risques a des conséquences relevant de la logique mathématique.

La probabilité est grande en cette période de fortes perturbations climatiques de début de XXIe siècle, d'affronter la colère de Neptune sous l'influence d'Eole. Le creusement d'un parking souterrain dans la dune va accroître la fragilité du site.Les décideurs responsables de ce projet ont-ils posé le problème ? En cas d'avis favorable du Ministère de l'Intérieur, les résultats de l'étude hydrosédimentaire risquent d'arriver bien tard.

La masse des arguments environnementaux négatifs soulevés lors de l'enquête publique (encombrement et étroitesse de l'unique voie d'accès, inaccessibilité en période estivale, proximité d'une école, risques sécuritaires…etc) aurait du imposer un transfert du projet.Doit-on interpréter les refus successifs du Ministère de tutelle comme une chance dont les dieux des jeux auraient gratifiés les Tranchais ?

 

Commentaires

1 Réponse Pour “Le Casino du Chiquet : Un passé inquiétant.”

  1. GAUTHEY Jean Michel Maire honoraire le 24 décembre, 2007 7:57 pm

    Cet historique se passe de commentaires.
    Ma conviction, mon expérience d’élu de 1983 à 2001 font qu’il est insensé, irresponsable, et dangereux de vouloir prétendre transformer la pavillon de l’Aunis en Casino.
    L’équipe municipale que j’ai eu l’honneur de présider de 1995 à 2001 l’avait compris.
    En 2001, hélas, la vox populi, par le mystère des étranges rumeurs, s’est vouée à des vents contraires au bon sens….

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